samedi 18 février 2017

GIGAULT Jeanne-Anne et sa descendance américaine.




Au milieu du XVIIIe siècle, la famille Gigault vit dans la petite paroisse de Saint-Mars-de-Coutais dans le Pays de Retz. Laurent le père exerce la fonction de fermier au lieu-dit appelé la Haie. Il a épousé Marie-Jeanne Poisson, la fille d’un maître chirurgien de Port-Saint-Père qui va lui donner sept enfants :

1.       Françoise Marie (1738 Saint-Mars-de-Coutais - 1748 Saint-Mars-de-Coutais)
2.       Jeanne Anne (1740 Saint-Mars-de-Coutais – 1831 Augusta - Georgie, EU)
3.       Laurent (1741 Saint-Mars-de-Coutais – 1742 Saint-Mars-de-Coutais)
4.       Laurent Louis (1745 Saint-Mars-de-Coutais - ?)
5.       Guillaume (1748 Saint-Mars-de-Coutais – 1803 Machecoul)
6.       Anne (1751 Saint-Mars-de-Coutais - ?)
7.       Marguerite Geneviève (1744 Saint-Mars-de-Coutais – 1794 Nantes)

Saint-Marc-de-Coutais.

Jeanne-Anne, née le samedi 23 janvier 1740, voit le jour comme tous ses frères et sœurs à la Haie paroisse de Saint-Mars-de-Coutais. Mathieu Gigault est son parrain, sa grand-mère Marguerite Blineau est sa marraine.

Le 13 décembre 1757, elle est marraine à Saint-Philbert-de-GrandLieu de Suzanne Gabard en compagnie de Jean Thomas de la Coursaudière, le parrain qui deviendra six mois plus tard son époux.
A 18 ans, elle se marie une première fois le lundi 22 mai 1758 à l’église de Saint-Marc-de-Coutais avec Jean-Charles Thomas sieur de la Coursaudière, avec lequel elle a trois enfants :

1.       Jeanne Marie (1759 Saint-Mars-de-Coutais - 1826 Herbignac)
2.       Louis-Charles
3.       Jean Pierre (1764 Saint-Mars-de-Coutais - 1765 Saint-Lumine-de-Coutais)

Ce premier époux, Jean-Charles Thomas, décède à Saint-Lumine-de-Coutais le 6 août 1763, âgé de 32 ans. Trois années plus tard, Jeanne-Anne Gigault quitte Saint-Mars-de-Coutais pour épouser à Grandchamps-des-Fontaines, le mardi 23 septembre 1766, le chirurgien Louis Poisson sieur de la Blanchetière, un cousin éloigné. Ils ont tous les deux 26 ans.

Grandchamps-des-Fontaines.

                C’est dans cette paroisse, où son beau-père le maître chirurgien Louis Poisson sieur de Belair et de Vieillecour exerce l’art de la chirurgie, que va naître le premier enfant du couple. Mais cela sera un court passage dans ce lieu. Son mari, ayant passé son examen d’amirauté à Nantes en mars 1768 pour repartir comme chirurgien navigant, elle s’en retourne à Saint-Mars-de-Coutais. Jeanne-Anne y mettra au monde quatre autres enfants :

1.       Jean Louis (1767 Grandchamps – 1768 Saint-Mars-de-Coutais)
2.       Louise Laurence (1769 Saint-Mars-de-Coutais  - > 1785)
3.       Louis Guillaume (1771 Saint-Mars-de-Coutais - 1793 Machecoul)
4.       Marie (1773 Saint-Mars-de-Coutais -1848 Augusta – Georgie - EU)
5.       Jean (John) Julien (1774 Saint-Mars-de-Coutais -1811 Wilmington – Caroline du Sud - EU)

Ses parents décèdent respectivement le 5 avril 1781 pour sa mère et le 18 novembre 1782 pour son père, à Saint-Mars-de-Coutais. Le 5 août 1786, le couple Poisson-Gigault assiste au baptême de leur petit-fils Prosper Baudry à Vieillevigne, c’est la dernière trace de Jeanne-Anne Gigault sur le sol français. Son départ pour Saint-Domingue où son conjoint a déjà rejoint son frère Luc Poisson se situe probablement au décours de cette naissance.

La Rivière-des-Anglais à Cap-Tiburon.

 Louis Poisson de la Blanchetière détient une indigoterie et une caféterie à Cap-Tiburon à l’est de l’île de Saint-Domingue. Le couple s’installe à La Rivière-des-Anglais avec leur fille Marie et probablement leur jeune fils Jean-Julien. Malheureusement pour eux, la révolte noire qui va conduire à l’indépendance haïtienne, les déracinent à nouveau. Contraints à l’exil, la famille rejoint Savannah, un port refuge pour les Domingois dans l’état américain de Géorgie. Le départ des colons s’échelonne entre 1794 et 1804. C’est pendant cette décennie que les Poisson rejoignent les Etats-Unis d’Amérique.

En France, l’aîné du couple, Louis Guillaume Poisson est tué par les contre-révolutionnaires vendéens le 2 avril 1793. Il avait opté pour les idées républicaines et va subir la répression des hommes de Souchu. Celui-ci est pourtant un oncle par alliance de Jeanne-Anne Gigault, du côté maternel, puisqu‘il a épousé Renée-Marguerite Poisson.

De son côté, le benjamin Jean Julien dit John Julien Poisson, opte comme son père pour l’art de la médecine. C’est à Wilmington en Caroline du Sud qu’il s’installe vers 1798 pour exercer sa profession et y fonder une famille. 

Savannah.

Les Poisson-Gigault demeure un temps à Savannah où leur fille Marie épouse le 19 mars 1805 François-Stanislas Meslier-Mondonville. Les Français y sont nombreux et parmi eux on y trouve beaucoup de médecins. Probablement vers 1808, les couples Poisson-Gigault et Mondonville-Poisson remontent la rivière Savannah pour s’installer à Augusta, 200 km au nord dans les terres prometteuses du comté de Richmond.

Augusta.

Louis Poisson de la Blanchetière va exercer la médecine à Augusta. Celui que l’on nomme le docteur Lewis Poisson meurt dans cette ville le 18 juillet 1815. Son épouse Jeanne-Anne a 75 ans. Sa fille Mary a également perdu son époux Mondonville le 28 mars 1812 sans avoir eu d’enfant. Elle ne se remariera pas. Les deux femmes restent seules dans leurs exploitations tenues par des esclaves noirs. Elles vont bientôt être secondées par Auguste Baudry, fils de Jeanne-Marie Thomas la première fille de Jeanne-Anne. Auguste a 29 ans et va s’installer définitivement à Augusta et y fonder une famille.

Jeanne-Anne Gigault décède à Augusta le 30 mars 1831 âgée de 91 ans. Elle avait eu huit enfants, trois de son premier mariage, cinq du second. Seule parmi ses huit enfants, sa fille Mary lui survivra. Deux de ses enfants auront une descendance.

Son corps repose dans une tombe commune avec sa fille Mary, au Cimetery Magnolia à Augusta, près de celle de son second époux Louis Poisson et de son petit-fils Auguste Baudry.

La descendance de Jeanne-Anne Gigault.

Sa première fille Jeanne-Marie Thomas a épousé le docteur Charles Baudry avec lequel elle aura quatre enfants, dont le docteur Auguste Baudry qui va laisser une descendance toujours présente à Augusta et dans les états environnants.

Son jeune fils, John-Julien le médecin de Wilmington va lui aussi laisser une descendance dans l’état de Caroline du Sud.

Ses petits-enfants, troisième génération :



1a.1
Charles BAUDRY
13.3.1784
Vieillevigne

1a.2
Prosper BAUDRY
5.8.1786
Vieillevigne
Flavie RENOU
1a.3
Auguste BAUDRY
8.3.1788
Vieillevigne
Sophie Adèle TARDY
Elizabeth S.M. OLIVER
1a.4
Théophile BAUDRY
12.8.1792
Machecoul

7b.1b
Louis Gigaud POISSON
10.7.1809
Wilmington
Eliza DAVIS
7b.2b
Jehu Davis POISSON


Sarah Julia TOOMER
8a.1
Louise Adélaïde THOMAS
5.6.1783
Saint-Lumine-de-Coutais


Ses arrière-petits-enfants, quatrième génération :



1a.3.1a
Anaïs BAUDRY
20.5.1819
Augusta
Samuel MILLING
1a.3.2b
Julia Augusta Saint-Clair BAUDRY
22.1.1831
Augusta
John ARMSTRONG MOORE
1a.3.3b
Eliza Sophia BAUDRY
5.5.1833
Augusta

7b.1b.1
Frederick Davis POISSON
29.3.1836

Lucy Ann CUTLAR
7b.1b.2
Marianna POISSON
1839

Dubrutz CUTLAR
7b.1b.3
John Watters POISSON
1841




Ses arrière-arrière-petits-enfants, cinquième génération :



1a.3.1a.1
Samuel Augustus MILLING
1843
Augusta

1a.3.2b.1
Augustus BAUDRY MOORE
29.3.1860
Augusta
Edith GOULD
Catherine RICHARDS
1a.3.2b.2
Sophie Baudry MOORE
4.7.1861
Augusta

1a.3.2b.3
Mary ARMSTRONG MOORE
27.10.1863


1a.3.2b.4
Julia Baudry MOORE
19.3.1865
Augusta

1a.3.2b.5
John ARMSTRONG MOORE
15.9.1867


7b.1b.1.1
Louis Julien POISSON
4.1.1860

Mary ALLEN
7b.1b.1.2
Roger POISSON



7b.1b.1.3
Dubrutz POISSON



7b.1b.1.4
Fred POISSON


Fannie Empie LATIMER

Sixième génération :



1a.3.2b.1.1b
William RICHARDS  MOORE
1890


1a.3.2b.1.2b
Augustus BAUDRY MOORE
6.2.1890

Daisy JACKSON KING
1a.3.2b.1.3b
John RICHARDS  MOORE
12.1892
Savannah

1a.3.2b.1.4b
Still RICHARDS  MOORE
17.2.1894
Savannah

1a.3.2b.1.5b
Julia Saint-Clair BAUDRY MOORE



1a.3.2b.1.6b
Mary Milligan BAUDRY MOORE



1a.3.2b.1.7b
Katherine BAUDRY MOORE



1a.3.2b.1.8b
Marion BAUDRY MOORE



1a.3.2b.1.9b
Elizabeth BAUDRY MOORE


John MAC DONALD GRAY
1a.3.2b.1.10b
Anne Castellan BAUDRY MOORE



7b.1b.1.1.1
Louis Julien POISSON



7b.1b.1.1.2
Lucianna Cutlar POISSON



7b.1b.1.1.3
Fred Davis POISSON



7b.1b.1.1.4
Dubrutz POISSON






dimanche 8 novembre 2015

Les réfugiés à Vieillevigne de 1915 à 1920



LES REFUGIES à VIEILLEVIGNE
DE 1915 à 1920

ARRIVEE  à Vieillevigne le 2 février 1915

·      de 54 belges, répartis en 8 familles, avec 38 enfants, un homme seul ;
Familles Claeys, Pisson, Callewaert, Syoen, Bogaert,  Willaert, Vandervall, de langue flamande.
·      et 8 Français, tous hommes âgés de plus de 43 ans non mobilisés, arrivant du département du Nord et ouvriers du textile, ils ne resteront pas dans la commune

Ils vont être logés dans des maisons vacantes, dans le bourg, louées par la municipalité à cet effet, et meublées gracieusement par les habitants de la commune.

Ils sont visités par l’abbé Brys, vicaire à Reminghe près d’Ypres (Belgique) qui vient prêcher à la Grand Messe, puis par l’abbé Verfailler.


Le 1er décembre 1916,
demeurent dans la commune
·      25 Belges
répartis en 3 familles
(Claeys, Callewaert et Syoen)
·      et 15 Français
répartis en 4 familles
(Merchier, Haize, Binet et Calamel)

  
Le 30 mars 1918
·      17 évacués français s’ajoutent au 23 précédents,
ils sont originaires de la Somme, de l’Oise, de l’Orne,
de l’Aisne, du Nord et du Pas-de-Calais
·      Les Français de Paris ne sont pas considérés
comme réfugiés, 6 personnes.
 

 

jeudi 1 mai 2014

Biographie de Stanislas-Marie Delavauguyon, officier de santé



         Biographie de Stanislas-Marie Delavauguyon, officier de santé.

            Stanislas-Marie Delavauguyon le quatrième et dernier fils du notaire Luc-Antoine-Valentin et de Magdelaine Héroux, choisit comme son frère aîné la carrière de chirurgien. Il naît le 25 septembre 1795 à Vieillevigne (Loire-Atlantique) qui retrouve peu à peu la tranquillité après les terribles années de guerre civile de 1793 et 1794. Se destinant à une carrière médicale, à partir de 1813, il passe quinze mois à l'hôpital civil et militaire de Nantes comme étudiant. 

             Tiré au sort lors de la conscription, le 26 octobre 1813, il sollicite une place de chirurgien sous-aide dans les armées de l'Empereur. Il obtient l'appui du préfet de Loire-Inférieure qui fait valoir les nombreux services rendus à l'Empire par son père, maire de la commune de Vieillevigne. Le préfet bloque son départ aux armées en attendant un avis favorable à cette demande de poste dans le service de santé des armées. Sans cela, Stanislas-Marie aurait dû intégrer un bataillon comme homme de troupe. Le docteur Darbefeuille chirurgien en chef de l'hôpital de Nantes lui apporte aussi son soutien : "Mr De Lavauguyon a toujours montré le plus grand désir de s'instruire, sa conduite et ses moeurs l'ont fait distinguer honorablement parmi ses condisciples". Le 18 mars 1814, les professeurs des cours d'instruction médicale établis à l'Hôtel-Dieu de Nantes (Blin, Richard de la Vergne, Lafond, Cochard et Darbefeuille) lui accordent le certificat suivant : "M. Stanislas Marie De la Vauguyon élève de cet hôpital est un de ceux qu s'est fait le plus distinguer par la bonne conduite, son application et son aptitude aux leçons des professeurs et au service des malades ; qu'il joint à des dispositions très marquées pour le genre d'études auquel il s'est livré, un esprit sage beaucoup de zèle et une ardeur infatigable à s'instruire. Nous ne doutons point qu'il ne puisse être employé très utilement dans les hôpitaux militaires ou dans les ambulances de l'armée".

            Le 21 mars 1814, le ministre directeur de l'Administration de la Guerre le nomme chirurgien sous-aide aux hôpitaux militaires de Tours. Mais le 11 avril, le traité de Fontainebleau met fin à l'Empire et expédie Napoléon à l'Ile d'Elbe. La démobilisation renvoie Stanislas à ses études nantaises après une courte période militaire.

            En 1816, Stanislas-Marie est toujours élève en médecine. Il est reçu officier de santé à Nantes en 1817. Puis, il vient s’installer à Vieillevigne comme "chirurgien", titre que la population locale continue d'attribuer aux officiers de santé. En 1821, le maire de Vieillevigne fait remarquer à l’administration du bureau de l’Intérieur, l’oubli de celui-ci sur la liste des médecins et officiers de santé ayant droit d’exercer dans la commune. L’erreur sera rectifiée par un additif au tableau de la liste supplémentaire qui paraîtra fin 1821. Stanislas est chargé des vaccinations contre la variole. Mais entre le 27 juillet et le 31 décembre 1821, seuls sept enfants de Vieillevigne et de Mormaison bénéficient de la vaccine, en raison semble-t-il du défaut d’informations des familles quant aux dates de permanences. C’est pourquoi le 16 avril 1822, il sollicite le maire Le Maignan, ennemi politique de la famille, pour qu’il suggère au curé de la paroisse d’annoncer au prône de la messe, les dates des jours de vaccination.

                Il quitte Vieillevigne et après quelques années passées aux Sorinières (alors village de la commune de Vertou) puis à Nantes, comme chirurgien, rue des Chapeliers dans le troisième canton (1828, 1829) il choisit de s’installer à la Haie-Fouassière pour y exercer son art. Alors qu’il est âgé et bien que n’étant qu’officier de santé, il adhère dès 1861 à la jeune Association Générale des Médecins de France, qui veut proposer la parution d’articles sur l’évolution de la médecine et souhaite mutualiser le corps médical.

            Comme son père et son frère Constant, Stanislas devient élu municipal. Maire provisoire de la Haie-Fouassière depuis le mois de mars 1834, il est nommé officiellement le 14 novembre 1834 et jure fidélité au Roi des Français et obéissance à la Charte Constitutionnelle. Il démissionne en août 1840 laissant la fonction à Jean Gabory. Il ne quitte pas le Conseil municipal et occupe le poste de secrétaire lors des délibérations. Le 8 septembre 1844, il réintègre la fonction de maire pour la conserver jusqu’au 9 octobre 1848. Début 1848, Louis-Philippe démissionne permettant la création de la Seconde République. Stanislas doit alors affronter la fronde d’une grande partie de ses conseillers qui refusent de siéger lors des séances municipales. Le 16 mars, avec les trois conseillers restants, il démissionne les huit récalcitrants nostalgiques de la Royauté. Nommé maire par intérim, c’est lui qui le 9 octobre 1848, « au nom de la République Française, des Liberté, Egalité et Fraternité », installe le nouveau maire républicain André Giraud. Il reprend alors ses fonctions de secrétaire du conseil qu’il va régulièrement occuper jusqu’à son décès, cumulant trente-cinq années au service de sa commune, de la Monarchie Constitutionnelle au Second Empire.

            A la Haie-Fouassière, il demeure dans son manoir du XVIe siècle au Patisseau où il meurt le 11 juin 1869, âgé de 73 ans. Par son mariage le 7 février 1822 à Nantes avec Félicité Désirée Mesnil fille d’un négociant nantais, Stanislas va assurer seul la descendance de la branche vieillevignoise. Parmi les témoins de son mariage, on remarque Roumain du Plessis. Six enfants naîtront de cette union entre 1822 et 1834 :
1. Constant Félix Stanislas : 19/11/1822 – 16/01/1865,
2. Jean Baptiste Antoine Alfred : 18/08/1824 – 15/12/1888,
3. Louise Anne Félicité Eudoxie : 16/01/1826 - ?,
4. Amélie Zoé : 04/07/1828 - 1896,
5. Félicité Pauline : 22/06/1829 – 13/05/1830,
6. Claire Joséphine : 11/11/1834 – 28/10/1903.

            Stanislas Marie Delavauguyon apparaît être comme son père, un homme discret. Dévoué à ses patients comme à ses concitoyens, il est ouvert au progrès de la science et de la société, sans esprit d’animosité ni de préséance. Qualifié comme son frère Constant par ses amis Guéraud, de « bon patriote », il s’accommode des différents régimes politiques que l’histoire va lui imposer.

samedi 6 avril 2013

La difficile introduction du vaccin antivariolique à Vieillevigne

La difficile introduction du vaccin antivariolique à Vieillevigne, Bulletin Municipal de Vieillevigne, Novembre 2009, Docteur Dominique Tétaud.
 
La difficile introduction du vaccin antivariolique à Vieillevigne.

            Stanislas-Marie DELAVAUGUYON, le dernier fils du notaire vieillevignois Luc-Antoine-Valentin DELAVAUGUYON, comme son grand-père embrasse la carrière de chirurgien. Né à Vieillevigne le 25 septembre 1795, après des études médicales à Nantes, il devient officier de santé vers 1821, dans sa commune natale. Plus jeune et sans doute plus au fait des nouveautés médicales que l’autre chirurgien vieillevignois René-Marie HARDOUIN, on va le charger de réaliser dans la commune les vaccinations contre la variole.
L’équivalent de notre DASS actuelle, lui demande en 1822 d’établir un état nominatif des enfants vaccinés en 1821. Stanislas dresse un tableau qui regroupe sept enfants tous âgés de moins de deux ans, cinq sont vieillevignois, les deux autres sont de Mormaison. En regard du nombre de naissances à Vieillevigne qui était de 177 en 1821, cela fait bien peu d’adhésion à cette prévention. C’est pourquoi, Stanislas écrit cette requête au maire de Vieillevigne Le MAIGNAN de l’Ecorce le 16 avril 1822 :
            « Monsieur le Maire,
J’ai l’honneur de vous adressez l’état nominatif des enfants que j’ai vacciné dans l’année 1822. Le nombre en est bien peu considérable sans doute, mais cela ne provient que de la difficulté de faire savoir les jours fixés pour cette légère opération, seul préservatif cependant d’un fléau destructeur. Si, monsieur le Maire, vous invitiez vous-même M.M. les ecclésiastiques de cette commune, a en faire la publication au prône de la messe paroissiale, il me semble que ce serait le seul moyen de propager la vaccine, et de voir peu à peu s’anéantir la petite vérole.
J’ai l’honneur d’être avec votre respect, Monsieur le Maire, Votre très humble et très obéissant serviteur
DELAVAUGUYON chirurgien. »
           
            Les moyens de communication sont réduits à cette époque de la Restauration, et seul le prône de la messe dominicale permet d’informer les nombreux habitants des villages. De plus, le petit clergé est réticent aux nouveautés que le dynamisme post-révolutionnaire à susciter. On considère les épidémies comme « des châtiments mérités par les pêcheurs ». L’évêque de Nantes sur la demande du Préfet, adresse à ses curés le 25 juillet 1825 une circulaire destinée à être lue en chaire afin d’annoncer le passage du vaccinateur ; mais les desservants passent souvent outre.

            Stanislas quitte Vieillevigne d’abord pour les Sorinières puis Nantes et s’installe définitivement vers 1830 à la Haie-Fouassière où il exerce l’art de chirurgie et la fonction de maire. Il meurt en 1869, un an avant le désastre de Sedan où Napoléon III et l’armée française subissent une cuisante défaite signant la fin du Second Empire. S’ajoute à la déroute une épidémie de variole dans les rangs français. La mortalité y sera dix fois plus élevée que dans l’armée prussienne qui avait pris la précaution depuis quelques années de vacciner ses soldats. Les militaires issus de l’Ouest de la France qui avait récusé la vaccination sont les plus atteints par la variole hémorragique.

            La Troisième République en tire lentement les conséquences et se décide en 1883 à vacciner de façon obligatoire les militaires puis les enfants de l’école publique. La généralisation viendra plus tard. Le 29 octobre 1979 grâce à la vaccination systématique, l’OMS déclare la variole éradiquée de la surface de la terre, soit près de deux siècles après la découverte de la vaccine le 14 mai 1796 par l’anglais Edward JENNER.
           
            Le passé nous renvoie toujours à notre présent, en l’occurrence à cette période de pandémie grippale qui sévit depuis quelques mois. Si le manque de communication et d’informations était de mise au XIXe siècle, c’est maintenant le déferlement médiatique d’informations et de désinformations qui nuit à notre jugement. Etre ou ne pas être vacciné ? Etre contaminé et être contaminant ? Etre vacciné pour se protéger personnellement et ou protéger son entourage de la contamination ? Dilemme entre prévention individuelle ou collective ? Beaucoup de questions que nous ne devons pas éluder car nous avons tous l’obligation d’y répondre pour soi, et pour ceux que l’on côtoie. Stanislas-Marie DELAVAUGUYON serait sans doute heureux de savoir qu’il a participé modestement bien que sans doute insuffisamment à son goût, à l’éradication de la variole.